au lycée professionnel

La classe flexible en lycée professionnel, c’est possible ?

Un témoignage de Gwladys DUCHANOIS, enseignante de Lettres et Histoire au lycée professionnel de Montciel à Lons Le Saunier (académie de Besançon).

La classe flexible, de quoi s’agit-il ?

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Mise en activité ... flexible !
Le travail s’effectue donc en îlot, seul ou à plusieurs, avec ou sans musique, sur les fauteuils ou les tapis (au fond à droite). Les deux portes de la salle sont toujours ouvertes, pour décloisonner l’espace (sauf celle du fond s’il y a un autre cours en même temps).

La classe flexible repose sur un aménagement de l’espace classe afin de permettre aux élèves d’adopter la position la plus confortable possible pour mener à bien les activités demandées par une pédagogie innovante et adaptée.

Ceci améliore la concentration, et donc, la qualité des travaux rendus.

Les élèves peuvent, bien entendu, changer de posture en cours de séance.

Les tables traditionnelles sont regroupées en îlot pour favoriser l’interaction et la collaboration des élèves entre eux, le bureau disparaît et de nouveaux espaces sont aménagés dans l’espace classe avec des tapis de sol, des fauteuils, des ballons de gym, une table mange-debout etc... Le tout n’ayant engendré aucun coût supplémentaire pour l’établissement, tout est issu de récupération… Il faudra environ un mois pour que tout arrive dans la salle. Merci à la direction et aux agents, sans qui rien n’aurait été possible !

D’autre part, les élèves peuvent utiliser le téléphone portable de manière raisonnée : recherche de définition, recherche documentaire, etc… et écouter de la musique lors des exercices individuels. Ils peuvent aussi faire une pause lecture, sortir souffler 5 minutes, se dégourdir les jambes, aller aux toilettes, aller boire etc… Et non, ils n’en abusent pas !

Pourquoi ?

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Les CAP s’approprient l’espace pour travailler.
Les CAP sont un petit groupe, il est donc plus aisé pour eux d’utiliser l’espace selon leurs besoins. Les élèves ont le choix de différentes postures : chaise traditionnelle, ballon de gym, tapis de sol etc… Ils peuvent se déplacer à leur guise pour échanger ou écouter de la musique pour se concentrer.

Mes années d’expériences m’ont démontré à plusieurs reprises que les séances « projets » ou celles qui se déroulaient au CDI, fonctionnaient mieux, puisque les élèves évoluaient dans un cadre de travail plus libre et plus autonome, pouvaient travailler en groupe etc... Il en ressortait toujours du positif et de l’entraide. Exactement ce qu’il fallait à ce public de LP globalement en difficulté, d’horizons différents, qu’il faut réconcilier avec l’école et l’apprentissage, pour prévenir le décrochage scolaire. Un public mondialisé aussi, qui a du mal à rester concentré.

L’idée est de les aider à réussir avec une méthode innovante, plus respectueuse du bien-être de l’élève. La classe flexible développe la confiance en soi et l’initiative.

Ce sont des questions qui m’animent encore davantage depuis que je suis maman. Quelle école je souhaite pour mon fils ? A nous de bouger en tant que professeur…

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Une petite pause lecture s’impose.
Tous les 40 jours environ, les élèves se rendent en demi-groupe à la médiathèque pour emprunter des ouvrages, qui sont ensuite mis à disposition de tous dans l’espace lecture. Ils peuvent bien entendu prendre un livre pour lire chez eux, ou sur un temps libre ou en classe lorsque l’envie s’en ressent.

Concrètement, une séance, ça donne quoi ?

Il a fallu, bien sûr, modifier ma pédagogie.

Chaque séance se déroule ainsi :

- un rappel rapide de la séance précédente, opéré par les élèves,

- présentation de la mission du jour,

- lecture et explication des consignes (simples et courtes), si possible par les élèves,

- mise en activité des élèves. C’est là, qu’ils choisissent comment travailler : où s’assoir ?

Travail en autonomie avec écouteurs et musique, travail en îlot, avec qui ? Ils choisissent également la forme du rendu : texte classique, poster, carte mentale, sketchnote, etc.

Ils peuvent, s’ils en ressentent le besoin, sortir 5 minutes décompresser, boire, aller aux toilettes, ou lire quelques instants, et évidemment, changer de posture si nécessaire.

Ils ont également la possibilité de consulter Internet pour tout besoin pédagogique, puisque j’aimerais qu’ils développent leurs propres outils, et que cela devienne un réflexe.

L’activité est à effectuer dans le temps imparti, une durée bien sûr adaptée à ce mode de fonctionnement. A eux de bien gérer le temps. Evidemment je suis là pour tout problème éventuel. Il est intéressant d’observer leur manière de fonctionner.

- une phase de restitution (qui peut avoir lieu à la séance suivante) avec un rapporteur par îlot désigné par les élèves. Je ne complète que ce qu’il manque, quand c’est utile. Je souhaite qu’ils fassent le maximum sans moi, que je devienne « un outil ».

- élaboration d’une trace écrite collaborative (même chose, peut être faite à la séance suivante ou sous forme d’évaluation intermédiaire) sous la forme qu’ils souhaitent.

Chaque séance et séquence se vivent comme une histoire écrite par les élèves.

Les premières séances ont été balbutiantes ... Et puis, c’était parti. Les séances se sont enchaînées, et ont été vite de plus en plus fluides.

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Étudier la mondialisation, ce peut être ludique !
pour remplir sa mission du jour et partager son travail avec ses camarades, ce groupe s’est tourné vers le traditionnel tableau blanc pour y faire un assemblage de post-it haut en couleurs, ne révélant que les mots-clés de leurs trouvailles.

Et ça marche !

Au début, les élèves sont déroutés mais finissent par s’adapter rapidement à ce mode de fonctionnement, qui permet des temps de respiration dans leur emploi du temps surchargé.

Aucune sanction depuis le début de l’année scolaire, de simples rappels à l’ordre suffisent ! Ils respectent « la charte du vivre ensemble en classe flexible » que l’on a élaborée en collaboration.

Ils sont plus sérieux et plus concentrés, plus heureux, plus engagés à l’école, ils participent plus en classe et poussent leurs réflexions davantage car le positionnement favorise les discussions et les échanges constructifs.

De plus, par rapport aux années précédentes, je suis en avance sur ma programmation.

Je vois également émerger progressivement la notion de plaisir au travail, puisque l’élève choisit « où », choisit « avec qui » et « comment ». Certains élèves, fiers de leur travail, demandent même à être évalués !

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L’herbe est toujours plus verte ailleurs.
A leur aise, ce groupe investit la salle autobus communicante pour s’isoler et travailler sur leur carte mentale à l’aide du grand tableau blanc, pour revenir ensuite partager ce rendu avec leurs camarades. .

Lien : à lire également, la classe flexible vue par Olivier Petit, inspecteur de l’éducation nationale (académie d’Amiens)